Le Raincy
Plainte contre l’institutrice qui a « bâillonné » ses élèves
L’institutrice d’une école maternelle a reconnu avoir placé un bandeau sur la bouche de certains élèves pour les faire taire. Deux familles ont porté plainte.
L’inspection académique évoque un « dérapage », une « maladresse pédagogique », tandis que quelques parents d’élèves dénoncent un geste « inquiétant ». Au coeur de la polémique : une institutrice de maternelle de Saint-Louis-Sainte-Clothilde, école privée sous contrat au Raincy.
Avant les vacances de février, cette enseignante de grande section aurait « bâillonné » des enfants de sa classe avec des bandeaux. Deux plaintes ont été déposées au commissariat. Le dossier est aujourd’hui transmis au parquet de Bobigny pour qu’il apprécie si le fait d’avoir posé un bandeau ou bâillon selon les versions sur la bouche d’élèves de 5 ans constitue un délit répréhensible.
Pas de sanction de l’inspection d’académie
« Lorsque je l’ai interrogé, mon fils m’a dit qu’il en faisait partie, rapporte une mère de famille, évoquant un mouchoir en papier posé sur la bouche et maintenu par un bâillon . Pour moi, la maîtresse a pété un plomb , mais je ne voulais pas aller chez les flics pour ça, j’attends le CP pour qu’il change d’institutrice. » Des parents ont poussé la porte du commissariat, « très en colère », comme ce père de famille : « On avait mis notre enfant là pour lui donner un autre encadrement que dans l’école de notre cité. » A l’inverse, d’autres parents se sont mobilisés en faveur de l’enseignante, improvisant un siège de l’école, pétition à l’appui.
Avant que la police ne convoque tout le monde, l’inspection académique a mené sa propre enquête, entendant l’enseignante, les parents, les collègues… Saint-Louis-Sainte-Clothilde, 1 280 élèves de la maternelle au bac, est sous contrat donc sous contrôle de l’Education nationale.
« L’enseignante a reconnu avoir mis sur la bouche de certains enfants pour les faire taire un bandeau léger. Ce n’est pas bien, ça n’est évidemment pas une procédure pédagogique, mais il n’y a pas matière à sanction, à moins que ça se reproduise », estime Marc Bablet, inspecteur académique adjoint, qui souligne que l’enseignante a reçu des félicitations durant toute sa carrière.
L’intéressée, en arrêt maladie, n’a pu être jointe. La chef d’établissement, Marie-Thérèse Cordonnier, explique que le « bandeau » était en fait un bandeau d’Indien que l’institutrice aurait fait baisser du front à la bouche pour les élèves bavards. « L’enseignante a eu tort de faire cela, et on n’est pas là pour cacher les choses. Je conviens qu’il y a eu un défaut d’intervention et de communication, qui aurait dû être plus rapide, mais je trouve aussi dommage d’en arriver à une telle judiciarisation. En trente-cinq ans de présence ici, dont vingt-deux de direction, je n’ai jamais été confrontée à cela. » L’inspection académique a aidé deux familles qui le souhaitaient à scolariser leurs enfants dans une autre école.